Le démon des hautes plaines
Domotic
clap047 - 11.06.15 - Digital / LP vinyle /

C’est une bande originale : une série instrumentale qui avance par thèmes, ponctuée de rappels et de variations, de séquences brèves, de ritournelles. C’est la musique composée par Stéphane Laporte pour le film d’un ami, Tom Gagnaire, qui s’est enquis, il y a deux ans, de tourner vite avec peu, dans un coin du Haut ­Languedoc, un « western régionaliste post ­nouvelle vague ». Fait maison, dans la campagne, au goût des amateurs de Raoul Walsh et d’Eugène Green, les shérifs y sont fatigués de l’être et des nymphes blanches hantent encore les cascades.

Enregistrée tout juste avant le tournage, de façon spontanée, presqu’anarchique, la musique qu’on y entend fut elle aussi fabriquée à la maison ; dans la maison des parents où le musicien a encore sa chambre, peuplée d’instruments délaissés qui attendaient peut-­être leur heure : une vieille guitare acoustique­ jouet offerte dans les années quatre­-vingt par le comité d’entreprise Haribo où travaillait son père, un vieux valiha désaccordé récupéré dans le garage d’amis voisins, la batterie qui prend un peu la poussière, assez de solitude et de désœuvrement pour faire résonner, piste par piste, au hasard des prises et des intentions, le chant de ce film amical qui n’existe pas encore mais promet de rouler sur quelques émotions esthétiques primitives devant les cow­boys à l’écran et la nature immense.

Depuis le fond des sous-­bois, ou tout près d’un feu nocturne, la musique qu’on y entend est un mélange de rondeurs chaudes et de résonances métalliques, de chœurs harmonieux et de dissonances : il y a l’emphase alanguie de ces longs sons de Rhodes et d’orgue Philicorda, de ces voix plurielles dans la réverbération, qui s’étirent à l’amble d’une batterie floydienne àla Obscured by Clouds et il y a la simplicité domestique de motifs parcimonieux, héritiers de l’ambient mélodique de Brian Eno ou d’Aphex Twin. Quatorze séquences musicales qui se présentent avec littéralité : après le scintillant « Une Détente » et le céleste « Entrainement du shériff et de son adjoint », « Un bandit de la pire espèce » apporte sa flexion morriconienne déglinguée, presque parodique.

L’histoire ici se narre avec la lenteur et la féerie des rêves, la musique n’accompagne le drame qu’en assumant cette espèce de passion impassible propres aux chœurs tragiques du théâtre antique, commentaire d’une action irréelle et lointaine que la musique se contente, pour ainsi dire, de contempler.

Un récent article publié par The Wire le montrait en photo. Attitude de Mormon, fraîcheur rosée sur les joues, il se tient quelque part entre la sagesse et l’enfance, évite toute incarnation bavarde. Le dispositif cinématographique du projet de Tom Gagnaire donne un nouvel alibi à sa discrétion créatrice, un type au coin du feu, auquel personne ne prête attention mais dont la musique, par degrés indiscernables, est en train de transfigurer l’instant. Discrète dans les vibrations de l’air, sa monodie agit imperceptiblement sur les consciences, et tisse au cœur de la nuit les liens d’une communauté muette. C’est ainsi que son Démon touche au sublime : fondu dans le décor.

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Crédits :
Le Démon des Hautes Plaines – Un film de Tom Gagnaire

Musique enregistrée et produite par Stéphane Laporte avec batterie et percussions, guitare, basse, Valiha, orgue Philicorda, Fender Rhodes, synthétiseur Korg MS-10, voix.
Mixé avec l’aide amicale de Joel Danell à la maison et au studio Weiner Futurismo.
Masterisé par Jonathan Dakers.
Création graphique par John Henriksson.
Photographie par Sami Trabelsi.

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